
Pierre Gadonneix, patron du groupe EDF, a défendu jeudi sa demande de hausse de 20% des tarifs de l’électricité en France sur trois ans ou plus, alors que l’entreprise vient de clore un emprunt qui lui a permis de récolter 3,2 milliards d’euros auprès des particuliers.
Dans une interview accordée à Paris Match, mercredi, le dirigeant d’EDF, Pierre Gadonneix, a révélé son intention d’augmenter de 20% les tarifs de l’électricité. Une mesure qu’il a qualifié d’"indispensable" pour améliorer les capacités d’investissement de sa société.
"La décision appartient évidemment aux pouvoirs publics, qui jugent de la modulation (…). il est certain qu’on ne peut pas augmenter durablement les investissements en France si il n’y a pas des recettes en face.", a déclaré Pierre Gadonneix.
EDF et l’Etat ont signé en octobre 2005, au moment où l’entreprise est devenue société anonyme contrôlée par l’Etat, un contrat de service public. Il garantit jusqu’en 2010 une augmentation des tarifs de l’électricité qui ne peut dépasser le niveau de l’inflation pour les particuliers.
Alors que la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a d’abord déclaré avoir appris par voie de presse l’annonce du patron d’EDF, elle a estimé jeudi devant le Sénat qu’il fallait "envisager" des hausses de tarifs d’électricité.
Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la fédération CGT des mines et de l’énergie appellle à ce que les investissements d’EDF soit débattus à l’Assemblée nationale.
"Il y a un réel besoin de financement d’EDF, mais il est dû principalement aux aventures à l’étranger de l’entreprise", a-t-elle déclaré
En effet, le groupe a entre autres chercher à réduire son endettement fin 2007, par les acquisitions de British Energy et son projet de rachat d’une partie des actifs nucléaires de l’américain Constellation.
"Si c’est pour financer des projets à l’étranger comme c’est le cas actuellement, c’est complètement inacceptable alors qu’il y a des investissements en France qui sont nécessaires", a ajouté Marie-Claire Cailletaud.
FO Mines Energie a également condamné l’annonce : "Faire payer les Français pour des investissements réalisés aux USA et en Grande Bretagne frise le scandale social et économique.(…) Au moment où la crise financière touche tous les Français, où les salaires stagnent et les licenciements se multiplient, vouloir une augmentation de 20% des tarifs d’électricité sur 3 ans relève de la provocation, et conduirait à la paupérisation de la population française."
La volonté d’EDF d’augmenter le prix de l’electricité intervient après même que le groupe a récolté près de 3,2 milliards d’euros grâce à un emprunt réalisé auprès des particuliers.
"On fait un emprunt, on vante les mérites de l’entreprise, puis juste une fois l’emprunt passé (…) pour payer sans doute les intérêts de ceux à qui on a emprunté de l’argent, on annonce une augmentation de la facture d’électricité", a dénoncé Benoit Hamon, porte-parole du Parti socialiste.
"Je ne trouve pas ça normal", a poursuivi M. Hamon, pour qui cela veut dire que "le consommateur va payer les intérêts pour ceux qui ont prêté de l’argent à EDF".
Akila Kridene
Article : L'Humanité
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