Guadeloupe : le syndicaliste tué par "des délinquants", selon Fillon

Le Premier ministre François Fillon a déclaré jeudi sur RTL, au lendemain de la mort d’un syndicaliste tué par balle en Guadeloupe, qu’il s’agissait d’un "crime commis par des délinquants" et a accusé certains d’attiser la violence dans l’île.

"Les forces de l’ordre ne sont pas du tout impliquées", a assuré le chef du gouvernement.

"La balle retrouvée est une balle qui sert à chasser les sangliers. C’était un lieu où il n’y avait pas de forces de l’ordre. L’enquête dira les choses, mais les forces de l’ordre ne sont pas du tout impliquées dans cette opération", a poursuivi M. Fillon.

Membre du "collectif contre l’exploitation" (LKP), Jacques Bino a été tué par balle dans la nuit de mardi à mercredi en Guadeloupe, alors qu’il revenait en voiture d’un piquet de grève.

"Pendant plusieurs semaines, on a eu un mouvement social dur mais légal, normal", a observé M. Fillon.

"A partir du moment où l’on barre les rues, où on sort du cadre légal, on attise la violence, on prend la responsabilité de la violence", selon lui.

Il a pointé "ceux qui barrent les rues, qui empêchent la circulation de se dérouler, ceux qui attaquant les commerçants qui veulent ouvrir leurs magasins".

Comme on lui demandait s’ils sont "responsables", le Premier ministre a répondu : "bien entendu et c’est pour ça que, depuis plusieurs jours, j’appelle à retrouver la négociation normale".

"Barrer les routes, attaquer les commerçants, ce n’est pas la démocratie", a-t-il lancé.

Les médiateurs envoyés par l’Etat en Guadeloupe, en grève contre la vie chère depuis un mois, vont faire des propositions s’approchant des demandes des grévistes, a annoncé jeudi François Fillon.

"Les médiateurs ont mis sur place une proposition que je vais valider et qui sera soumise au patronat et au collectif", a dit le Premier ministre sur RTL.

Cette proposition "permet de s’approcher des objectifs financiers que réclame le collectif", c’est-à-dire une augmentation de 200 euros pour les bas salaires, a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de la préfecture de Guadeloupe, Hubert Vernet, a donné la veille comme version à l’agence Reuters que la victime "s’est trouvée devant un barrage et, semble-t-il, en voulant faire demi-tour a été tabassée et s’est fait tirer dessus par des jeunes qui tenaient le barrage".

Elie Domota, principal dirigeant du LKP à l’origine de la grève en Guadeloupe, a réagi en jugeant "désolant" qu’il faille "à chaque fois" un mort pour faire avancer la résolution des problèmes sociaux dans l’île. Après avoir lancé des appels au calme sur les ondes locales, il a jugé que "c’est quasiment la Guadeloupe qui est en train d’exploser", en appelant à "des solutions urgentes, immédiates, mais également durables".

Outre ce décès, la cellule de crise la préfecture a établi un bilan des affrontements de la nuit, recensant 15 commerces pillés, 7 établissements incendiés, 21 véhicules brûlés, 13 interpellations et une soixantaine d’interventions de pompiers.

La ministre de l’Intétieur Michèle Alliot-Marie a décidé de tenir mercredi à 16H00 à Paris une réunion "consacrée à la sécurité publique aux Antilles".

Délégation du PCF

Le PCF a dépêché une délégation aux Antilles, composée de Pierre Laurent, coordinateur national du parti, Jean-Louis Lemoing, membre de l’exécutif national chargé des DOM/TOM et Guy Fisher, sénateur communiste. La mission était mercredi en Martinique, et se rendra dans la soirée en Guadeloupe. "Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont une attitude irresponsable en méprisant ainsi les Antillais. Combien de morts faudra-t-il pour que Nicolas Sarkozy retrouve sa lucidité et accède enfin aux revendications des syndicats ?", écrit le PCF dans un communiqué.
La délégation communiste, qui restera jusqu’à vendredi soir, rencontrera des représentants politiques et syndicaux de Martinique, puis de Guadeloupe,

"Une des banlieues de la France"

Malek Boutih (PS) a assuré : "il y a presque quelque chose de choquant a voir des bataillons de CRS - disons le terme - blancs, affronter une population noire", estimant par ailleurs que ce département d’Outre-mer est "une des banlieues de la France".

Il a pointé un "risque de dérapage très dur", vu "l’accumulation de la frustration d’un mouvement social qui dure depuis près d’un mois et une image renvoyée par la métropole qui est quand même une image de domination".

 

 

 


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