
L’examen de la circulaire adressée par Éric Besson aux préfets pour l’organisation de son « grand débat sur l’identité nationale » en dit long sur la confusion entretenue par cet ex-socialiste devenu sarkozyste du premier cercle et sur ses intentions politiques. Confusion d’abord. En annexe de cette circulaire, un document recense les différents chapitres qu’il est souhaitable d’aborder lors de chaque réunion ». En fait, un ridicule chapelet de questions sans queue ni tête, convoquant aussi bien l’art culinaire, les églises et les cathédrales que les effets de la mondialisation ou « la fierté d’être français ». Mais de ce salmigondis se détachent des « questions » aux allures de sommations franchement antirépublicaines et xénophobes.
« Quel est le rôle de la nation ? » interroge, par exemple, le ministère de l’Identité nationale. Première suggestion : « Exprimer la souveraineté, sur un territoire et sur un peuple. » Ahurissante définition, en contradiction totale avec la Constitution française qui stipule, à son article 3, que « la souveraineté nationale appartient au peuple », et non pas qu’elle s’exerce sur lui, comme dans la première dictature venue. Viennent ensuite une série d’interrogations très suggestives sur les nouvelles classes dangereuses contre lesquelles il faudrait se barricader, sur ces immigrés qu’il faudrait trier pour distinguer le bon grain de la « racaille » : « Comment éviter l’arrivée sur notre territoire d’étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) et entretenant, dans une partie de la population, des suspicions vis-à-vis de l’ensemble des étrangers ? »
Voilà pour les clandestins. Passons aux immigrés « légaux », à la fois assignés à résidence identitaire et sommés de se conformer aux « valeurs de l’identité nationale »,
que leur présence sur le sol français pourrait mettre en péril : « Les valeurs de l’identité nationale sont-elles compatibles avec le communautarisme ? Quel équilibre peut être
trouvé entre la revendication identitaire (religieuse, régionale, ethnique) et appartenance à la communauté nationale ? » Reprenant le vieux cliché colonialiste du grand enfant,
Éric Besson propose ensuite « à tout nouvel arrivant en France un parrain ou une marraine ».
Quant à l’étranger optant pour la nationalité française, il reste soumis au contrôle permanent de sa suspecte francité : « Quel contrat entre la nation et le ressortissant étranger
qui accède à la nationalité ? »
Éric Besson promet d’ailleurs de « faire de l’entretien d’assimilation préalable à l’acquisition de la nationalité, le temps fort du processus de naturalisation » et d’
« augmenter le niveau de connaissance de la langue française demandé lors de l’entretien d’assimilation ».
Devenir français, ça se mérite.
Il faut, conclut le document, « réaffirmer la fierté d’être français » : « Comment mieux célébrer l’identité nationale ? Comment se manifeste la fierté d’être
français ? Quels sont les acteurs de la transmission de la fierté nationale ? »
Un programme que ne sauraient disqualifier les critiques des intellectuels, décidément devenus des cibles privilégiées des petits soldats du sarkozyme : « Pourquoi la question de
l’identité nationale génère-t-elle un malaise chez certains intellectuels, sociologues ou historiens ? »
La réponse est sans doute dans ces propos tenus, en juillet 2007, par la ministre de l’Économie et des Finances, Christine Lagarde : « C’est une vieille habitude nationale : la
France est un pays qui pense. (…)
Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi j’aimerais vous dire : assez pensé maintenant. »
Rosa Moussaoui
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