Plus le temps passe, plus je suis atterré par la puissance des fables, des mythes, des légendes entretenus sur tous les sujets par la plupart... Ainsi, avec l'anniversaire de la chute du mur de Berlin, moment radical dans l'histoire de l'Europe, certes, mais aussi de la planète, dont on a vu, depuis le 9 octobre 1989, combien, libérée de la menace communiste, elle fonctionne sous régime libéral à plein temps. La vulgate s'installe et semble s'imposer qui présente cet évènnement comme un effet... de l'Eglise catholique en général et de Jean Paul II en particulier, pape polonais qui, par sa collusion avec le syndicaliste bigot ultra conservateur sur le terrain des moeurs, Lech Walesa, aurait rendu possible cet écroulement des dictatures de l'Est...

Je rêve ! Comment ce mensonge intellectuel peut-il devenir parole d'évangile pour les laïcs, des historiens, des journalistes (Libération en tête), des essayistes? A qui profite ce crime? Aux anticommunistes. Car si le mur s'est éffondré, c'est grâce à Gorbatchev, et à lui seul. Cet homme issu du sérail KGbiste a eu le mérite de prendre l'histoire à bras-le-corps et, avec la glasnost et perestrïka, de proposer un modèle de communisme humain, de socialisme post-goulag, de gauche véritable sans barbelés, sans camps, avec la liberté de la presse, de l'expression et de la critique.

Que fit l'Ouest de cette proposition révolutionnaire ? Un paillasson. Car la droite européenne, Mitterrand en tête (décidons-nous à intégrer la gauche libérale dans le camp de la droite), a craché au visage de Gorbatchev qui demandait à l'Europe une aide qu'elle lui a refusée. Pire : elle a soutenu celui qui voulait sa peau, un alcoolique notoire, mais franchement libéral, thuriféraire du marché faisant la loi, Boris Eltsine. Le slogan était : plutôt un poivrot libéral qu'un communiste libertaire. Résultat : les anciens membres du Parti auxquels on a vendu les biens d'Etat pour une bouchée de pain ont fait fortune et constituent aujourd'hui la mafia que l'on sait.

Mitterrand, d'extrème droite avant la guerre, décoré de l'ordre de la franscisque sous Pétain, résistant après Stalingrad, autrement dit quand la partie est jouée, de gauche quand il parle, de droite quand il gouverne, avalise le coup d'Etat des bolcheviques d'août 1991 : il signe la mort politique de Gorbatchev tenu en otage par les armes dans sa résidence de Crimée. Le président de la Republique prétendument socialiste s'invite au journal de 20 heures et théâtralise la lecture d'une lettre que lui auraient adressé les putschistes : il prend parti pour eux contre le président...

C'en est désormais fini de l'expérience d'un communisme à visage humain. Mitterrand a pris parti pour le communisme du temps où il était pétainiste, un bolchévisme du barbelé, et ce afin de préserver son jouet : l'Europe libérale à l'ouest, l'Europe soviétique à l'est, contre une grande Europe avec une gauche radicale inédite et menaçante. Il a tué Gorbatchev et accéléré, ici comme ailleurs, le procéssus de libéralisation de l'Europe, donc du monde. On connait la suite. Gorbatchev est le seul homme politique pour lequel j'ai de l'estime. Mitterrand, ici comme ailleurs, se révèle une fois de plus une malédiction pour toute la gauche digne de ce nom.
Michel Onfray dans SINE HEBDO

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